Lima, la fin du périple

15 avril au matin, nous arrivons à Lima sous un beau soleil. Pour le coup nous avions choisi une compagnie de car reputée (Oltursa) et nous n’avons pas été déçus. On se serait cru dans une compagnie aérienne : salon VIP à la gare, sièges hyper confortables, télé, repas soir et matin, WiFi, etc. Nous avons nettement mieux dormi que pour le trajet Cusco-Arequipa. Nous nous rendons directement au centre, là où se trouve notre hôtel et la majorité des points d’intérêt de la ville.
Nous nous attendions tellement à trouver une ville pas très jolie et surchargée de circulation que nous sommes finalement agréablement surpris. Le centre historique de la ville a du charme, avec notamment quelques belles places et de jolies rues piétonnes. Image atypique, de nombreux vautours veillent sur la cathédrale.
Aujourd’hui, pas de visites de prévues. Nous profitons de ce dernier jour de vacances pour nous balader tranquillement, bouquiner dans un parc et déguster nos dernières spécialités péruviennes, le ceviche que nous apprécions toujours autant, et les anticuchos, brochettes de morceaux de cœur de bœuf macérés dans du vinaigre.


Nous nous remémorons nos deux mois de voyage, qu’est ce que ça a passé vite ! Mais nous avons fait et vu tellement de choses. Nous avons appris une nouvelle manière de voyager, sans tout organiser à l’avance, avons fait de nombreuses rencontres, avons amélioré notre espagnol, … et nous sommes supportés pendant deux mois 😉 C’est bon, le mariage est officiellement confirmé^^

Si l’on devait résumer en quelques phrases notre voyage, disons qu’il y a eu deux phases bien distinctes : une première au Chili (et en Argentine) où on a fuit les villes polluées et sans intérêt pour parcourir les magnifiques parcs naturels, avec volcans, glaciers, rivières, déserts ; et une seconde phase plus culturelle en Bolivie et au Pérou, où nous avons été envahi par ces traditions et cet art de vivre incas, malgré la période de la colonisation espagnole (qui laisse de son côté nombre d’églises et de couvents également intéressants).

Nous reprenons l’avion dimanche 16 au matin (le jour de Pâques !) et arriverons à Paris le 17. Nous espérons que nous vous avons bien fait voyager et que nous vous retrouverons très bientôt, au plus tard au mariage !

Les incas, intermède culturel

Si nos derniers billets de blog relatent assez bien nos aventures, elles cachent une partie importante de ce que nous découvrons au fur et à mesure de nos visites : la culture inca, et la période de la conquête espagnole. Pour corriger le tir, voici un billet spécial civilisation. Bien sûr, cela n’implique que moi, si vous voyez des imprécisions, n’hésitez pas à en parler dans les commentaires.

Les incas

Au XIIe siècle coexistent en réalité de nombreuses civilisations en Amérique du Sud, qui se font régulièrement la guerre. Près de La Paz, vivent par exemple les Tiwanacu dont nous avons visité un site (cf. l’article sur La Paz), les Aymaras, plus au sud les Quechuas, etc. Les incas, ou plus précisément la civilisation inca a émergé d’une de ces peuples (on ne sait pas précisément lequel), et grâce à plusieurs avancés technologiques (en particulier militaires), ainsi qu’un pouvoir centralisé très efficace, ils ont vite conquis un énorme territoire, de l’Équateur au nord du Chili, en passant par le Pérou et la Bolivie. Le terme « inca » ne désigne en fait que le dirigeant de la population, qui contrôle d’une main de fer depuis Cusco, en langue quechua « le nombril du monde ». Jusqu’au XVe siècle ils réussissent à s’imposer comme le peuple dominant.

Religion inca

Ils vénèrent de nombreux dieux, dont celui du tonnerre, des rivières, de la forêt, et parmi les plus importants sont Inti le dieu Soleil, et Pachamama la terre mère. Tout va par trois chez eux : trois mondes (le monde d’au-dessus, le monde présent et le monde souterrain), trois animaux sacrés associés (le condor, le puma et le serpent). Les temples les plus sacrés sont ceux du Soleil, qui sont placés de façon très précise, afin qu’il se passe quelque chose lors d’un des deux solstices (une pierre qui s’éclaire par exemple), leurs connaissances astronomiques sont assez poussées, ce qu’ils utilisent pour suivre le rythme des saisons.

Conquête espagnole

Malheureusement pour eux, cette période d’âge d’or arrive à sa fin avec l’arrivée des espagnols en Amérique — non pas avec Colomb qui s’est en fait arrêté aux Caraïbes lors de ses multiples voyages — mais avec un certain Pizarro qui commence simple soldat et finira vice-roi du Pérou, venu comme tous ses compatriotes pour faire fortune, et accessoirement prêcher la religion catholique. Je passe les diverses trahisons, tortures et massacres des colonisateurs, après une guerre assez courte, la civilisation inca doit se soumettre aux nouveaux arrivants, aidés de quelques peuples locaux voulant prendre leur revanche. Les métaux précieux n’étaient pas utilisés pour le commerce, mais simplement comme décoration pour leurs édifices religieux. Et de l’or et de l’argent ils n’en manquaient pas (cette région reste à l’heure actuelle le plus grand fournisseur mondial de métaux précieux). Cusco, ville remplie d’or, a peut-être créé le mythe de l’El Dorado.

Conversion des indigènes

La colonisation commence par la tentative d’éradication de la culture et religion inca : on détruit le maximum d’édifices religieux, et on reconstruit sur ces fondations des églises, que l’on décore avec l’or et l’argent trouvés dans les temples ou que l’on fait extraire des mines par les indigènes. En passant, dans la religion catholique, l’or est considéré comme le métal de Dieu, de la colonisation, et l’argent comme celui de Jésus. Évidemment, le travail des missionnaires est très compliqué avec cette forte culture, et des compromis sont nécessaires. Les œuvres qui ornent les églises, bien qu’illustrant des scènes classiques de l’Évangile, utilisent des symboles locaux : des lamas, des montagnes, le Soleil, la Lune, etc. L’école artistique de Cusco est née, et développent de nouvelles techniques propres (diverses méthodes d’ajouter finement de l’or sur les peintures). Un point de divergences : alors que le miroir est symbole de vanité pour les catholiques (d’ailleurs interdits dans les couvents), c’est un symbole important pour les indigènes, qui permet de voir l’âme. Conséquence, certains retables d’église de cette époque possèdent pleins de petits miroirs ! Encore un symbole illustrant la fusion des cultures : on voit souvent des vierges avec une longue robe en forme pyramidale. Cela pourrait être le symbole de la montagne représentant la terre nourricière pour les indigènes. Mais il ne faut pas le voir partout : cette tendance artistique existait déjà chez les peintres espagnols de l’époque.

Que reste-t-il des incas ?

La volonté de conversion des populations explique qu’on retrouve très peu de bâtiments incas de nos jours. À Cusco il ne reste que quelques murs réutilisés par les envahisseurs. Dans la vallée sacrée (qui fournissait toute la nourriture à la ville) quelques greniers, quelques fondations de maisons, des ruines de temples du Soleil, du tonnerre. Et … et le Machu Picchu.

Machu Picchu

Le Machu Picchu (littéralement petite montagne), une ville entière préservée de la furie destructrice des espagnols ! Voilà pourquoi il est aussi unique, et donc célèbre ! Et cette ville n’a été remise en lumière qu’au début du XXe, par un certain Birgham, à l’époque Assistant Professor à Yale. Je dis « mis en lumière » parce que cela n’a rien d’une (re)découverte : si la cité, après avoir subi l’indifférence des espagnols est tombée dans l’oubli, les locaux connaissaient tout à fait son existence, et venaient même cultiver sur ses terrassements ! Birgham s’est fait guider par deux locaux, et est arrivé au Machu Picchu sept jours après son arrivée à Cusco… Facile. Le comble, c’est qu’un archéologue anglais connaissait déjà l’existence de ruines, et avait même fait un plan très précis de leurs positions (visible dans des archives londoniennes), mais trop pressé d’aller en Bolivie, il ne les a pas explorées… L’apport véritable de Birgham a été de développer l’intérêt des gouvernements américain et péruvien, qui a permis d’apporter de l’argent afin de remettre le site en état et le reconstruire partiellement.

 

Voilà, c’est tout pour la leçon d’aujourd’hui 😉

Arequipa, la ville blanche (oui encore une)

Nous y sommes, la dernière étape de notre séjour avant de reprendre notre avion à Lima. Pour fêter ça, nous avons décidé de nous faire plaisir en allant dans un hôtel plus haut de gamme. Après avoir passé une mauvaise nuit en car de nuit, nous découvrons notre hôtel à Arequipa. Grande chambre avec deux (!!) lits doubles, superbe douche (de l’eau chaude et de la pression ouiiiii), grand jardin avec hamacs, piscine, … On est très très bien 😉
Nous partons quand même en exploration dans la ville. Il fait très beau (comme 300 jours par an apparemment) et la ville est assez tranquile, c’est très reposant. La plaza de armas est très belle, entourée d’arcades et d’une grande cathédrale construite en sillar, une roche volcanique blanche utilisée comme matériau de construction pour beaucoup de bâtiments de la ville.

 

Nous nous rendons au marché San Camilo, où l’on peut acheter aussi bien des fruits, de la viande, des chapeaux, ou encore des herbes médicinales puis allons visiter le bâtiment le plus célèbre d’Arequipa, le monastère Santa Catalina. Ce monastère est une véritable petite ville dans la ville : trois cloîtres, des patios, un nombre incalculable de cellules réparties dans des « rues », des fontaines, etc. Les soeurs étaient les filles cadettes de familles nobles fortunées, comme au couvent de Potosi. Elles y avaient cependant la vie beucoup moins dure… Elles avaient des esclaves à leur service et étaient autorisées à donner des réceptions. Une mère supérieure aurait voulu mettre fin à cette « débauche » et aurait été victime de 5 tentatives d’assassinat !


Nous passons le reste de l’après-midi au bord de la piscine, avant de ressortir le soir. Nous avions oublié, nous sommes jeudi Saint ! Les rues sont remplies de locaux qui vont à l’église puis s’installent sur des grandes tables disposées le long des rues pour manger de la viande préparée à des stands, et boire un maté de coca. Scène difficilement imaginable à Paris mais que Arnaud visionne bien en Italie^^
Après une bonne nuit de sommeil et une matinée encore passée auprès de la piscine, nous allons déjeuner au Zig Zag, restaurant helvético-péruvien où nous dégustons poulet, boeuf, alpaga et saumon cuit sur une pierre volcanique. Miam !

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Cusco et la vallée sacrée des incas

De retour à Cusco, il ne nous reste plus que deux jours pour profiter de la ville et de ses alentours, notamment de la vallée sacrée où de nombreux vestiges de l’époque glorieuse des incas sont encore présents. Le temps nous étant compté, nous nous résignons à passer par une agence pour visiter en un jour les principaux sites de la vallée, sachant que deux ou trois jours seraient idéalement nécessaires.

Première étape Chinchero, petit village avec une charmante église de l’époque coloniale et des murs et terrasses incas. Nous visitons également un atelier de tissage, où les tisseuses nous présentent les étapes principales de leur travail, le procédé de coloration de la laine est impressionnant d’efficacité. En particulier l’utilisation de la cochenille, insecte blanc vivant sur les cactus, qui donne une coloration rouge vif lorsqu’on le presse.

Prochain arrêt Moray. Ici, on peut observer des terrasses en cercles concentriques. Les Incas se servaient de ces terrasses comme de laboratoire agronomique, en testant les conditions de culture de différentes plantes : l’INSERM avant l’heure !

À Maras, plus de 4000 bassins (datant aussi des incas) alimentés par l’eau salée résurgeante des montagnes permettent d’extraire du sel, utilisé pour la consommation ou à des fins médicinales.

Direction ensuite la « forteresse » d’Ollantaytambo. Elle a été nommée ainsi par les Espagnols qui l’assiegeaient mais il s’agit en fait d’un sanctuaire qui présente de superbes murs Incas, et une très belle vue sur la région (elle est située à l’intersection de 3 canyons).

Notre dernière étape sera la ville inca de Pisac, incroyablement bien conservée. Malheureusement, on arrive un peu tard à cause des embouteillages, une partie du site est déjà fermée.

Pour notre dernier jour à Cusco, nous allons visiter le site de Sacsayhuaman, tout proche de Cusco. Encore une fois un sanctuaire, avec des murs constitués d’impressionnants blocs de pierre, le plus gros pesant 150 tonnes. Et les carrières sont situées à 5km…

 

On retourne manger au Green Point (restaurant végétarien) où deux surprises nous attendent. La première, que l’on avait espérée en réalité, c’est de recroiser Justin et Rachel avec qui nous avons fait l’inka jungle trail. La deuxième, plus improbable, c’est de croiser une consœur de l’ENS que Arnaud n’avait pas vu depuis 5 ans ! Silvia, qu’il a rencontré à Pise, est venu pour un mois au Pérou. Le monde est tout petit !

L’après-midi, nous nous attardons au temple de Coricancha, ancien temple du Soleil inca sur lequel les Espagnols ont reconstruit une église dominicaine. Le site mêle architecture inca, espagnole et moderne, c’est étonnant ! Faute de tout détruire, les espagnols ont gardé quelques murs. Mais pour ne pas trop le montrer, ils les ont recouvert de tableaux (de la vie de Saint Dominique en l’occurrence), ou carrément de fresques !

Nous finissons par la visite de la Merced, couvent qui possède l’un des plus beaux cloîtres du pays.


Nous nous rendons comme des fleurs au terminal terrestre à 19h pour acheter nos billets pour nous rendre directement à Arequipa. Sur place, on apprend que c’est la semaine sainte (ben oui, Pâques approche), donc que beaucoup de locaux se déplacent et que tous les bus sont pleins ! Tous ? Non, il reste quelques places chez une compagnie. Pas le choix, pas de marge de négociation, on prend ! On aura eu chaud quand même 🙂

Inka Jungle Trail jours 3 et 4

Ce matin 9 avril, c’est parcours de tyroliennes près de Santa Teresa ! Au programme, montée d’un flanc de montagne puis descente au moyen de 4 grandes tyroliennes qui traversent la vallée. C’est très fun, d’autant plus que nous faisons la dernière en cochon pendu^^ On finit en traversant un long pont suspendu, impressionnant pour certains, mais nous avions vu bien pire en Corse !
Un minibus nous amène ensuite à Hydroelectricas, fin de la route, et nous entamons deux heures de marche au bord de la voie ferrée (où passent les trains venant de Cusco), entourés de montagnes couvertes de végétation tropicale. On arrive ainsi à notre dernière étape : Aguas Calientes, petit village touristique d’où nous partirons le lendemain pour grimper jusqu’au Graal. On profite du temps libre pour boire tous ensemble de la bière péruvienne.

Lundi 10 avril, lever à 4h ! Nous partons tous ensemble monter les quelques 1900 marches (!!) qui mènent à l’entrée du Machu Picchu. Il fait encore nuit noire, les lampes frontales nous sont bien utiles.

Après 50 minutes de montée, le soleil s’est levé et nous arrivons en bas du site. À 6h pile les portes s’ouvrent et nous entrons parmi les premiers… Nous découvrons le Machu Picchu encore endormi, blotti sous une fine couverture de brume. Presque personne sur le lieu, une lumière encore très faible, l’ambiance est quasi-mystique. Peu à peu, le Wayna Picchu (littéralement la grande montagne) se découvre, et et on obtient une vue d’ensemble avec la cité inca. Nous ne sommes pas déçus, l’effet est saisissant.

Nous parcourons les lieux d’abord avec notre guide, en passant par le temple du Soleil, le temple du condor, etc. On est contents d’être allés au musée à Cusco, on se repère bien mieux sur les lieux, et on a des informations complémentaires. Le temple du Soleil a des murs arrondis et deux fenêtres que la Soleil n’éclaire précisément perpendiculairement que lors des deux solstices ! Le temple du condor est aussi un haut lieu de la religion inca, où les prêtres déposent nombres d’offrandes. L’empereur inca habite proche de ces temples, mais isolé des autres habitations, afin de garder un certain sentiment d’isolement, d’éloignement, l’empereur étant fils de dieu.

Le temple du Soleil
Le temple du condor

On apprend que seules 30% des constructions sont d’origine, le reste ayant été rebâti, même plusieurs fois (Birgham le découvreur du site n’était pas un grand architecte), suite notamment à des tremblements de terre. Breaking news: on nous informe également que le site va probablement fermer définitivement d’ici deux ans, les visiteurs ne pourront « visiter » le site que depuis des télécabines ! Ceci pour éviter que le passage des visiteurs ne dégrade le site, qui s’enfonce depuis son ouverture… Comme si des poteaux de téléphériques n’allaient pas l’altérer ! Dépêchez-vous d’aller au Machu Picchu ! On se balade ensuite 3h30 sous un beau Soleil​ (pas donné en fin de saison humide) en s’imprégnant de l’atmosphère et en imaginant les incas évoluer dans la ville.

Nous nous rendons également à la porte du Soleil, point d’entrée originelle dans la cité qui offre un magnifique point de vue sur tout le site.


À 11h30, nous entamons la descente jusqu’à Hydroelectricas pour récupérer notre bus pour Cusco. Nous n’arriverons qu’à 21h30, bien fatigués mais comblés par cette visite…

Inca Jungle Trail jours 1 et 2

Ça y est, nous y sommes, nous partons vers le Machu Picchu ! Pour y aller, plusieurs choix se présentaient à nous. La version flemmard est d’y aller en train puis en bus, on arrive directement aux pieds du site. Très clairement ça ne nous convenait pas. Une option tentante est d’emprunter le chemin Inca qui relie Cusco au Machu Picchu en 4 jours, l’un des seuls qui n’est pas été démoli par les Incas eux-mêmes, afin de ralentir les espagnols. Oui mais ça coûte près de 500€ par personne et c’est à réserver des mois à l’avance… Le trek du Salkantay sinon, 5 jours de randonnée ! De la randonnée rude, qui traverse paysages de jungle, de montagne, de plateau. Oui mais on a que 4 jours dans notre planning et Léa a un genou douloureux depuis quelques temps. Pourquoi pas l’inca jungle trail alors ? 4 jours pour aller au Machu Picchu, avec un mélange de transport en minibus, vélo, marche et des activités comme le rafting et la tyrolienne.

On signe avec l’agence Marvelous Peru, et nous ferons le voyage avec 5 autres compagnons de route : Rachel et Justin, deux canadiens en voyage pour 8 mois, Rachel (et oui) aussi canadienne qui voyage seule à 22 ans, Aby et Connor deux néo-zélandais officiers de police. Nous sommes tous jeunes (enfin nous un peu moins…) et assez sportifs, nous formerons un super groupe. Rien à voir, mais pendant tout le voyage, Arnaud sera aussi accompagnée d’une bien longue tourista (…)

Vendredi 7 matin c’est parti ! Départ en minibus, pour une première étape de vélo. On nous lâche tout équipés à 3500m d’altitude, sur une route de montagne, et on commence une descente vertigineuse de 2000m de dénivelé. Deux heures de descente pendant lesquelles on a le temps de prendre en main les VTT plus ou moins récents, et de voir évoluer le paysage vers une végétation proche de la jungle tropicale. Quelques souvenirs de Martinique nous reviennent en mémoire. Ce n’est pas l’étape la plus physique (que de la descente), et bien qu’il faille se méfier de la conduite des péruviens, c’est plutôt amusant, avec quelques passages sur des micro-cours d’eau.

On reprend le minibus, et après un sympathique déjeuner, on part pour une grosse demie-heure de rafting sur la rivière sacrée Urubamba. Imaginez : Arnaud à bâbord, Léa à tribord sur l’avant du raft, à donner ensemble le tempo aux rameurs, et à se faire à moitié écraser à l’ordre du guide « Jump on front! ». Franc succès pour cette deuxième expérience , trop vite terminée. Dîner dans le même restaurant qu’au déjeuner, et première nuit dans une vaste chambre d’hôtel ma foi agréable. Rendez-vous demain matin, 6h30 « European time », c’est-à-dire sans retard ! Je vous laisse deviner ce que veut dire « Peruvian time »…

Samedi, ça commence (très) mal. À la fin du petit-déjeuner, une pluie torrentielle a démarré ; ce qui n’est pas surprenant pour une région tropicale en fin de saison humide. Malheureusement, au menu d’aujourd’hui : 6h de marche avec pour destination finale des termes naturelles. On attend que l’orage tropical se transforme en pluie soutenue, on enfile nos ponchos pour protéger nos sacs, et on franchit courageusement le seuil du restaurant. S’en suit 1h30 de marche sur une route mi-boueuse, mi-inondée, qui se conclut par une courte pause près d’une petite maison à la lisière de la forêt. On aura été le seul groupe à marcher cette portion goudronnée, les autres groupes ayant pris des minibus… Nous sommes trempés, nos chaussures et chaussettes tellement inondées qu’on a l’impression de marcher dans une flaque à chaque nouveau pas. Léa est à cran, Arnaud essaie de penser à autre chose qu’à la pluie et son mal de ventre… Bref, on entame une autre heure de marche en montée dans la « pré-jungle amazonienne », par chance la végétation atténue nettement la pluie qui arrive sur nos épaules. Contre toute attente, en arrivant à la seconde maison « check point », le brouillard s’est levé, et la pluie s’est arrêtée ! On s’arrête une quarantaine de minutes devant une table chargée de produits locaux. On se sèche, on écoute le guide nous expliquer​ ce qu’on a devant les yeux, et on goute pleins de choses, dont une version améliorée des feuilles de coca avec des cendres de cacao (dont on n’a pas vraiment déterminé l’origine), de la tequila, du jus de fruits de la passion, une pâte chocolatée coupée au miel (une tuerie), du café, des fèves des cacao, puis on fait des photos avec des habits typiques… Ouf, ça va mieux 😀

Du café !

En reprenant notre route, on prend de la hauteur en suivant un ancien chemin inca, sur lequel Justin profite du paysage dégagé pour mettre son drone en route, puis on redescend au bord de la rivière pour un déjeuner tardif mais bienvenu, que l’on complète de maracuyas (une espèce de fruit de la passion) trouvés en chemin. Dernière étape de marche où l’on suit la rivière et où on la traverse, soit par des ponts (so classic), soit avec un télésiège à l’ancienne (comprendre un chariot accroché à un câble, tiré par deux hommes) ! On emprunte un tunnel, et c’est l’arrivée aux termes. 1h30 de repos dans les différents bassins, avant de rejoindre notre second hôtel et prendre note dîner. La fin de la journée est aux antipodes de son commencement !

NB : Saviez-vous qu’il y a plusieurs sortes de « plat » ? Le guide en a énuméré trois : « Peruvian flat » (c’est plat, comme l’altiplano), « Inca flat » (ça monte) et le « European flat » (la descente quoi…)

Cusco, la ville impériale – épisode 1

Nous partons le 5 avril au matin en car direction Cusco. Nous passons la frontière péruvienne toute proche et longeons le lac Titicaca jusqu’à Puno. On se rend ainsi encore plus compte de l’immensité du lac, et nous croisons pleins d’alpagas ! Pas d’arrêt à Puno pour nous, pas le temps de trénasser. Nous traversons l’Altiplano péruvien pendant 7 heures et arrivons à Cusco à 19h. Il fait déjà nuit noire depuis 18h30 (nous avons reculé d’une heure en passant la frontière). Dans le taxi qui nous amène à notre hôtel, on aperçoit déjà un bout du centre historique et quelques très beaux bâtiments. Ça promet d’être une belle ville.
Nos estomacs allant mieux, nous nous faisons plaisir en allant dans un bon restaurant, découvrir le ceviche péruvien et manger des spécialités dont de l’alpaga.
Le lendemain matin, nous allons réserver auprès d’une agence un trek de quatre jours avec comme point final le Machu Picchu (sujet des deux prochains articles), avec un départ dès le lendemain. Nous pouvons commencer tranquillement la visite de Cusco. Le centre est vraiment magnifique, il y a bien sûr des bâtiments impressionnants tels que la cathédrale, des églises, des couvents, de belles maisons coloniales mais même les bâtiments plus simples sont en harmonie avec l’ambiance générale, avec des patios espagnols, et bien souvent des fondations et des murs incas. Cusco, signifiant »nombril » en quechua, était la capitale de l’Empire inca. Point très appréciable par rapport aux villes boliviennes que nous avons parcourues, il y a moins de circulation et même des rues piétonnes ! La plaza de Armas a vraiment de l’allure. Bref, on adore la ville. Nous profitons de l’après-midi pour visiter la cathédrale, très impressionnante autant au niveau de l’architecture que des œuvres que l’on n’y trouve (chaires finement sculptées en bois, rétables baroques surchargés d’or, etc.) On y découvre Saint Antoine, patron des objets perdus, auprès duquel les jeunes filles s’adressent pour trouver un bon fiancé (et un autre Saint auquel les hommes s’adressent pour se débarrasser de prétendantes^^). On continue notre parcours religieux (on a un billet commun pour tous ces monuments) avec l’église Saint Blaise, patron des… arêtes de poisson. Son premier miracle aurait été de sauver un enfant de l’étranglement par une arête de poisson. Top prestige ! C’est aussi le saint que les croyants viennent prier lorsqu’ils se sentent accablés (étouffés) par les problèmes de la vie. Puis viennent l’église Saint Christobal et le musée d’art religieux, situé dans une magnifique maison avec patio andalou. Pour finir, nous allons au musée du Machu Picchu, afin d’en apprendre plus sur ce lieu mysterieux, sa redécouverte, sa disposition, pour être plus alerte quand nous y serons.


Le soir, nous goûtons le fameux cuy (prononcé « couille ») : du cochon d’Inde cuit au four, normalement plat dominical. La bête est assez grosse pour nous sustenter tous deux, et le goût est vraiment particulier mais très bon.
Demain, nous disons au revoir pour quelques jours à Cusco. Nous partons à l’assaut du Machu Picchu !

Copacabana, la mer à 4000m d’altitude

On laisse La Paz derrière nous sans trop de regrets, et après 4h de trajet et une traversée où notre bus passe sur une petite barque, nous arrivons à une ville sur le bord du célèbre lac Titicaca, l’une des fiertés de la Bolivie et du Pérou. Oui le nom de cette ville vous est familier, mais ce n’est pas ce que vous croyez : vous pensez à une plage, située au Brésil, avec des températures en permanence estivales. Ici ce n’est pas la mer, mais un très grand lac, froid, et personne ne se baigne… En fait le nom de la plage brésilienne tire son nom de cette ville, à cause d’une promesse faite par un moine s’étant perdue au large des côtes brésiliennes.

Bref, l’intérêt de Copacabana est de pouvoir observer le lac de quelques points de vue, et d’être la porte d’accès la plus facile à l’Isla del Sol, une toute petite île qui présente aussi de très beaux paysages sur le lac. Après avoir pris nos quartiers, nous montons sur le point de vue le plus proche : le calvaire. Comme son nom l’indique, pendant une rude montée, on suit le chemin de croix de Jésus. Si ce genre de grimpette ne nous fait pas peur (on a vu nettement pire en Patagonie), l’altitude rend la montée sacrément plus ardue ! Mais on est récompensé par le panorama après la 14e et dernière croix. Le soir, on mange l’incontournable truite du lac, grillée ou sautée.

Le lendemain, on avait prévu de passer la journée sur l’Isla del Sol, en parcourant un chemin pré-hispanique la traversant du nord au sud. On apprend le matin même que la partie nord de l’île est en fait inaccessible, à cause de manifestations à propos d’une sombre construction non autorisée… On adapte alors le parcours en rayonnant du port sud de l’île, jusqu’à arriver au barrage. L’île est effectivement très belle et nous passons une journée très agréable. De plus, ça y est, on vient de compléter notre bestiaire des lamas : on a vu un alpaga !

Le soir, on se contentera de riz, cuit dans une eau bien bouillie. Menu bienvenu, car nos estomacs ressentent la différence sanitaire entre Chili où l’eau était potable, et la Bolivie où on se balade avec notre bidon de 6L d’eau, et où on évite fruits et légumes crus… Demain, finie la Bolivie, départ pour le Pérou !

La Paz, la plus haute capitale du monde

Nous arrivons à 8h du matin à La Paz, après une nuit tranquile en car (enfin, il paraîtrait qu’une roue à été changée en plein milieu de la nuit mais on dormait^^). La configuration de la ville est originale : le centre de la ville se situe dans une cuvette et les quartiers périphériques remontent sur les flancs. Quelques bâtiments sont sympathiques, mais globalement la ville n’est pas très belle et, encore une fois, saturée de circulation.


Comme d’habitude lorsqu’on arrive dans une nouvelle ville, nous nous trouvons un hôtel puis partons en exploration.
Sachant que nous ne comptions pas rester longtemps à La Paz, nous voulions aller visiter le site pré-inca de Tiwanaku, à 1h30 de La Paz. Ni une, ni deux, on attrape un minibus pour le cimetière d’où partent d’autres minibus pour Tiwanaku. On met déjà 45 minutes à sortir de la Paz, tellement la ville est étendue et la circulation importante. Arrivés à Tiwanaku, on achète nos billets (100 bolivianos contre 15 pour les locaux, on se sent un peu extorqués), puis grosse frayeur, on se rend compte que l’on a oublié l’appareil photo dans le bus ! On fonce dans la ville en espérant retrouver le minibus et, miracle, Léa identifie le minibus en train de reprendre des passagers pour La Paz et récupère l’appareil. Pfiou !
On peut enfin commencer notre visite et j’avoue que nous avons été un peu déçus. On s’attendait à des ruines grandioses, ou du moins impressionnante (le site est classé patrimoine mondial de l’UNESCO) mais il ne reste plus grand chose. On voit les vestiges d’une pyramide et de deux temples. Points d’intérêts cependant : la porte du Soleil (la fameuse dans Tintin) et un temple souterrain où des roches ont été taillées en forme de visages.

La porte du soleil


Nous revenons à La Paz en fin d’après-midi et nous baladons dans la ville, avant d’aller nous faire un bon restaurant pour goûter des spécialités du coin, mais tenu par un hollandais ! Délicieux repas, avec un assortiment très copieux de spécialités boliviennes.
Le lendemain matin, nous allons visiter le musée national d’éthnographie et folklore, situé dans un très beau bâtiment, qui comporte de belles collections de textiles, de masques et de parures en plumes. Nous admirons sur une place un peu plus loin, une horloge qui tourne à l’envers ! Commande du président Evo Morales qui veut s’affranchir des normes occidentales. En effet, ici, les cadrans solaires tournent dans le sens inverse de notre hémisphère 🙂


Fatigués par la ville, nous voulons retrouver un peu de nature. Nous embarquons donc dans un bus, direction le lac Titicaca, notre dernière étape bolivienne.
PS : c’est un moment très à-propos pour revenir sur un message codé du début du voyage. Pour ceux qui se souviennent, nous avions dû retourner à l’aéroport de Santiago 2 jours après notre arrivée. La raison est que l’appareil photo (n’ayant encore jamais servi) était tombé du sac d’Arnaud à l’aéroport Charles de Gaulle ! On s’en est rendu compte 30 minutes après notre départ. Coup de bol, on nous a informé au bureau de la compagnie à Santiago que l’appareil avait été retrouvé et que l’on pouvait nous le faire parvenir via le prochain avion (sans frais). Décidément, cet appareil nous aura causé bien des frayeurs !

Sucre, la cité blanche

Nous voici arrivés en fin d’après-midi​ à Sucre, ancienne capitale de la Bolivie, qui ne détient plus que le pouvoir judiciaire (La Paz ayant déclenché une violente guerre civile simplement pour récupérer les deux autres pouvoirs). Le centre de la ville est classé, comme à Potosi, au patrimoine mondial de l’UNESCO. La place du 25 mai est entourée de beaux bâtiments coloniaux peints en blanc, et de nombreuses églises, également blanches et à façades joliment sculptées, parsèment la ville. Ne serait-ce les minibus et taxis bien trop présents, la ville serait très agréable.
Nous passons notre vendredi à nous promener, avec une première visite guidée (encore en français) de la Casa de la Libertad, lieu où a été signée la déclaration d’indépendance de la Bolivie. On y apprend beaucoup de choses sur l’histoire du pays. En particulier, le pays porte le nom de Bolivar, certes le libérateur, mais qui ne voulait pas l’indépendance du pays !

L’après-midi, nous visitons le musée d’art indigène, très bien fait, qui traite de musique traditionnelle, mais surtout de l’art textile du pays. Dès la première salle, on est totalement immergés dans l’ambiance. On a le droit à un (épais) guide papier, encore en français, qui détaille les objets de la collection, et contribue à notre immersion dans l’art tisserand. Chaque culture, chaque village a ses motifs spécifiques bien reconnaissables. Nous voyons même une tisseuse à l’œuvre et sommes complètement hypnotisés par son savoir-faire ! Grâce à l’association ASUR à l’origine du musée, et qui a pour but la conservation de l’art indigène, celui-ci continue de se développer. Si la technique reste la même, les nouvelles créations font ressortir cet indéniable caractère artistique. Même les hommes se mettent au tissage, avec leurs techniques et motifs propres.

Pour approfondir notre visite de la région, nous souhaitions faire une randonnée dans les montagnes environnantes, en passant dans les villages Jalq’a. Ceux-ci sont néanmoins difficilement accessibles et nous décidons de passer par une agence. Pour continuer dans le tourisme « éthique et responsable », nous choisissons une agence à but non lucratif, dont les bénéfices sont utilisés pour financer des projets de développement des villages de la région. N’étant pas assez nombreux pour faire la randonnée de deux jours, nous nous rabattons sur une balade d’une journée, qui mixe randonnée à pieds et transport en minibus. Nous partons donc samedi matin direction le minuscule village de Chataquila, à 35km de Sucre, au niveau d’un col où nous petit-déjeunons et apprenons quelques coutumes du coin, notamment le tribut à la Pachamama, la divinité terre nourricière. Nous empruntons ensuite pendant deux heures un des chemins pavés que les Incas ont construit à travers leur vaste royaume. Dès que nous passons le col, le paysage qui était jusqu’ici embrumé laisse place à un magnifique panorama dégagé sur les montagnes : un beau mélange de vert et d’ocre. Nous nous plaisons à parcourir ce chemin en imaginant les Incas de l’époque accompagnés de leurs lamas.

La deuxième étape de la journée est le cratère de Maragua. Ce lieu n’est en fait pas un cratère en tant que tel (pas de volcan ou d’impact météoritique ici) mais en rappelle la forme. La formation est totalement plissée et forme une cuvette circulaire, résultat des forces tectoniques en jeu dans la région. Le lieu est vraiment étonnant.

Quarante minutes de marche plus loin, on observe une paroi rocheuse dans laquelle ont été fossilisées des traces de dinosaures, vraisemblablement un carnivore et un herbivore, mais n’ayant pas vécus à la même époque.

Nous redescendons au petit village de Maragua pour déjeuner puis allons jeter un œil à la garganta del Diablo, une formation rocheuse sculptée par les écoulements d’eau.

Il est enfin temps de rentrer à Sucre, Lucero notre guide bolivienne aura été un puits de connaissances sur la flore locale, ainsi qu’un puits de bonne humeur ! À Sucre, à peine sortis du minibus, nous récupérons un car de nuit direction La Paz.