Les incas, intermède culturel

Si nos derniers billets de blog relatent assez bien nos aventures, elles cachent une partie importante de ce que nous découvrons au fur et à mesure de nos visites : la culture inca, et la période de la conquête espagnole. Pour corriger le tir, voici un billet spécial civilisation. Bien sûr, cela n’implique que moi, si vous voyez des imprécisions, n’hésitez pas à en parler dans les commentaires.

Les incas

Au XIIe siècle coexistent en réalité de nombreuses civilisations en Amérique du Sud, qui se font régulièrement la guerre. Près de La Paz, vivent par exemple les Tiwanacu dont nous avons visité un site (cf. l’article sur La Paz), les Aymaras, plus au sud les Quechuas, etc. Les incas, ou plus précisément la civilisation inca a émergé d’une de ces peuples (on ne sait pas précisément lequel), et grâce à plusieurs avancés technologiques (en particulier militaires), ainsi qu’un pouvoir centralisé très efficace, ils ont vite conquis un énorme territoire, de l’Équateur au nord du Chili, en passant par le Pérou et la Bolivie. Le terme « inca » ne désigne en fait que le dirigeant de la population, qui contrôle d’une main de fer depuis Cusco, en langue quechua « le nombril du monde ». Jusqu’au XVe siècle ils réussissent à s’imposer comme le peuple dominant.

Religion inca

Ils vénèrent de nombreux dieux, dont celui du tonnerre, des rivières, de la forêt, et parmi les plus importants sont Inti le dieu Soleil, et Pachamama la terre mère. Tout va par trois chez eux : trois mondes (le monde d’au-dessus, le monde présent et le monde souterrain), trois animaux sacrés associés (le condor, le puma et le serpent). Les temples les plus sacrés sont ceux du Soleil, qui sont placés de façon très précise, afin qu’il se passe quelque chose lors d’un des deux solstices (une pierre qui s’éclaire par exemple), leurs connaissances astronomiques sont assez poussées, ce qu’ils utilisent pour suivre le rythme des saisons.

Conquête espagnole

Malheureusement pour eux, cette période d’âge d’or arrive à sa fin avec l’arrivée des espagnols en Amérique — non pas avec Colomb qui s’est en fait arrêté aux Caraïbes lors de ses multiples voyages — mais avec un certain Pizarro qui commence simple soldat et finira vice-roi du Pérou, venu comme tous ses compatriotes pour faire fortune, et accessoirement prêcher la religion catholique. Je passe les diverses trahisons, tortures et massacres des colonisateurs, après une guerre assez courte, la civilisation inca doit se soumettre aux nouveaux arrivants, aidés de quelques peuples locaux voulant prendre leur revanche. Les métaux précieux n’étaient pas utilisés pour le commerce, mais simplement comme décoration pour leurs édifices religieux. Et de l’or et de l’argent ils n’en manquaient pas (cette région reste à l’heure actuelle le plus grand fournisseur mondial de métaux précieux). Cusco, ville remplie d’or, a peut-être créé le mythe de l’El Dorado.

Conversion des indigènes

La colonisation commence par la tentative d’éradication de la culture et religion inca : on détruit le maximum d’édifices religieux, et on reconstruit sur ces fondations des églises, que l’on décore avec l’or et l’argent trouvés dans les temples ou que l’on fait extraire des mines par les indigènes. En passant, dans la religion catholique, l’or est considéré comme le métal de Dieu, de la colonisation, et l’argent comme celui de Jésus. Évidemment, le travail des missionnaires est très compliqué avec cette forte culture, et des compromis sont nécessaires. Les œuvres qui ornent les églises, bien qu’illustrant des scènes classiques de l’Évangile, utilisent des symboles locaux : des lamas, des montagnes, le Soleil, la Lune, etc. L’école artistique de Cusco est née, et développent de nouvelles techniques propres (diverses méthodes d’ajouter finement de l’or sur les peintures). Un point de divergences : alors que le miroir est symbole de vanité pour les catholiques (d’ailleurs interdits dans les couvents), c’est un symbole important pour les indigènes, qui permet de voir l’âme. Conséquence, certains retables d’église de cette époque possèdent pleins de petits miroirs ! Encore un symbole illustrant la fusion des cultures : on voit souvent des vierges avec une longue robe en forme pyramidale. Cela pourrait être le symbole de la montagne représentant la terre nourricière pour les indigènes. Mais il ne faut pas le voir partout : cette tendance artistique existait déjà chez les peintres espagnols de l’époque.

Que reste-t-il des incas ?

La volonté de conversion des populations explique qu’on retrouve très peu de bâtiments incas de nos jours. À Cusco il ne reste que quelques murs réutilisés par les envahisseurs. Dans la vallée sacrée (qui fournissait toute la nourriture à la ville) quelques greniers, quelques fondations de maisons, des ruines de temples du Soleil, du tonnerre. Et … et le Machu Picchu.

Machu Picchu

Le Machu Picchu (littéralement petite montagne), une ville entière préservée de la furie destructrice des espagnols ! Voilà pourquoi il est aussi unique, et donc célèbre ! Et cette ville n’a été remise en lumière qu’au début du XXe, par un certain Birgham, à l’époque Assistant Professor à Yale. Je dis « mis en lumière » parce que cela n’a rien d’une (re)découverte : si la cité, après avoir subi l’indifférence des espagnols est tombée dans l’oubli, les locaux connaissaient tout à fait son existence, et venaient même cultiver sur ses terrassements ! Birgham s’est fait guider par deux locaux, et est arrivé au Machu Picchu sept jours après son arrivée à Cusco… Facile. Le comble, c’est qu’un archéologue anglais connaissait déjà l’existence de ruines, et avait même fait un plan très précis de leurs positions (visible dans des archives londoniennes), mais trop pressé d’aller en Bolivie, il ne les a pas explorées… L’apport véritable de Birgham a été de développer l’intérêt des gouvernements américain et péruvien, qui a permis d’apporter de l’argent afin de remettre le site en état et le reconstruire partiellement.

 

Voilà, c’est tout pour la leçon d’aujourd’hui 😉

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